LE PETIT ENTRETIEN – Rentrée littéraire 2010. C’est Monica Ali qui ouvre le bal. Séduit par son excellent roman Sept mers et treize rivières adapté au cinéma dans un film qui a reçu un très bel accueil de la part des critiques et du public. Monica Ali a répondu à cinq questions de la rédaction.

C’est un livre qui est, à mon sens, finalement optimiste à propos de la nature humaine.

1/ Votre livre se passe dans les coulisses des cuisines d’un grand hôtel, comment vous est venu cette idée ?

J’ai passé environ une année à explorer cette idée dans cinq grands hôtels de Londres. C’était fascinant parce que ces cuisines font penser à de petites assemblées des Nations Unis. Vous y entendez des histoires provenant du monde entier.

2/ A la lecture de « En cuisine », on constate que vous avez souhaité évoquer le contraste entre le luxe de l’établissement et la misère dont souffre le personnel. Pourquoi ce thème vous tient tant à cœur ?

Je suis comme la plupart des gens quand je sors pour pendre un bon dîner. Je profite de la nourriture, du vin, de la conversation et je ne pas pense à ce qui se passe derrière la porte. Mais il est parfois intéressant de réfléchir à la façon dont les aliments sont confectionnés dans votre assiette !

3/ Est-ce difficile d’écrire un roman où le personnage principal est un homme, Gabe, alors que vous êtes une femme ? Se mettre dans la peau de Gabe vous demande de vous mettre dans la peau d’un homme, comment être crédible dans votre écriture ? (le résultat est crédible à la lecture).

Merci. Je pense que ce n’est juste qu’une partie du travail à accomplir lorsque vous voulez écrire une fiction. Les hommes représentent environ la moitié de l’humanité alors c’est plus facile dans ce cas d’aborder ce sujet. J’ai toujours écrit sur autour de personnages masculins depuis mes premiers essais.
Par exemple, Brick Lane, le mari dans mon premier roman, est un personnage très important.

4/ Gabe est ce qu’on appelle un anti-héros, vous décortiquez avec brio à travers lui les failles des hommes en général. En avez-vous conscience ?

C’est donc ce qu’on en dit ! Gabriel est certainement une personne imparfaite mais il veut vraiment être un homme bon. Il ne suit que les normes qu’il a lui-même établies et ne se comporte parfois pas correctement. Je pense que c’est au final très humain.

5/ Dans quel état d’esprit vous trouvez-vous après un tel projet littéraire aussi dense et psychologiquement intense pour le lecteur ?

Votre question montre que vous comprenez très bien la mécanique de l’écriture. Oui, c’était un livre épuisant à écrire intellectuellement, émotionnellement et dans tous ses autres aspects. Mais, même si le personnage principal doit faire face à certaines difficultés dans sa vie, c’est un livre qui est, à mon sens, finalement optimiste à propos de la nature humaine. Cela me laisse donc dans un état d’esprit positif. Je travaille en ce moment sur un nouveau roman, encore une fois dans un tout autre registre.

J’ai passé environ une année à explorer cette idée dans cinq grands hôtels de Londres. C’était fascinant parce que ces cuisines font penser à de petites assemblées des Nations Unis. Vous y entendez des histoires provenant du monde entier.

En cuisine, Monica Ali – Belfond